Sommaire : Trois questions à Jean-Gabriel Ganascia | Actualité de la semaine | Enseignement | La recherche en pratique | Le livre de la semaine
Asti-Hebdo
: Quels sont actuellement les thèmes de recherche qui intéressent votre
laboratoire ?
Jean-Gabriel Ganascia : Le Lip-6 est un gros laboratoire, avec quelque 300 chercheurs. Dans notre équipe de l'Acasa (Apprentissage, découverte, créativité), nous sommes frappés par le contraste entre l'omniprésence de l'ordinateur dans la vie de tous les jours et sa "disparition". Du gros ordinateur, on est passé au mini, au micro... Cela va aller très loin, avec les nanotechnologies, de tout petits hauts-parleurs, des circuits insérés dans les tissus...
Ce thème a d'ailleurs toute sa place au niveau de la communauté européenne, qui soutient les recherches sur ce thème ( Disappearing computer). On pourrait le rapprocher du thème "ordinateur revêtable", qui fait l'objet de nombreuses références, et dont on peut même trouver sur le web une stimulante petite Histoire
Or les industriels, et même la plupart des chercheurs, ne s'intéressent qu'à chaque outil séparément, aux progrès spécifiques qui vont changer l'aspirateur, le livre (électronique)... et à leurs fonctions et dispositifs spécialisées. Il suffit de parcourir par exemple les pages du magazine Portable Design pour s'en convaincre.
Au delà des technologies, de la rapidité de calcul, de la résolution des écrans... nous devons nous préoccuper de leur mode d'appropriation et d'insertion dans la vie individuelle comme dans la vie sociale. Il nous faut aller plus loin, anticiper tout en prenant du recul. sur les types d'utilisation
Hebdo : Vous pensez à des recherches en ergonomie ou en sociologie ?
J.-G.G. : L'ergonomie ne suffit pas. Originellement, elle a été conçue pour l'étude du travail. Elle répond d'abord à des demandes du milieu industriel. Mais l'ordinateur pénètre aujourd'hui tous les aspects de l'existence. Je pense plutôt à une recherche de type cognitif. Il faut concevoir de nouveaux modes d'appropriation.
Il y a un déficit en sociologie des usages de la technologie. On n'a pas fait assez d'expériences importantes depuis le lancement du minitel à Vélizy en 1982. Ce qui se fait à Parthenay, avec le concours de sociologues, va dans le bon sens. En outre, les conclusions des travaux de sociologie des usages ne sont pas prises en compte assez tôt dans le cycle de conception.
Nous tentons de relancer des travaux de ce type. Mais nous avons peu de réponse à nos appels. Ils n'intéressent pas beaucoup les sociologues, parce qu'ils sont difficiles à médiatiser (et peut-être aussi parce que leur culture les rend méfiants à l'égard des technologies en général). En toute hypothèse, il est difficile de construire des équipes, même petites, qui puissent mener un projet à terme. C'est une question de budget, pour pouvoir rémunérer correctement les chercheurs et leur donner des moyens. Mais c'est aussi un problème structurel. Un projet doit pouvoir se mener sur 5 ou 6 ans. Or un doctorant soutient sa thèse au bout de trois ans. Jusque là, sa thèse est prioritaire, il ne peut pas vraiment s'investir sur un projet. La soutenance passée, il est vite pris par les tâches d'enseignement, et n'a d'ailleurs pas vraiment d'incitation à poursuivre jusqu'au débouché d'un projet.
Hebdo :Alors que proposez-vous plus particulièrement ?
J.-G.G. : Nous croyons au potentiel des sciences de l'esprit, en particulier des recherches sur la cognition. Certes, le champ de l'intelligence artificielle semble, ces derniers temps, un peu marginal dans le champ des sciences cognitives et je le déplore. Cela n'empêche pas les travaux de s'y poursuivre activement.
Nous travaillons plus particulièrement avec des moteurs d'induction pour comprendre comment naissent les idées. Ou ne naissent pas, d'ailleurs ! Un exemple, pourquoi a-t-il fallu si longtemps pour trouver le bon remède au scorbut ? Parce que l'observation et le raisonnement étaient biaisés par les dogmes de Galien sur la circulation des humeurs. On cherchait donc la solution du côté de l'humidité (qui rend la transpiration plus difficile, épaissit les humeurs) et non du côté de l'alimentation, dont pourtant les observations faisaient état. Notre moteur d'induction a permis de très bien comprendre ce raisonnement.
Actuellement, nous travaillons plus particulièrement sur les mouvements manuels des opérateurs. L'analyse automatisée de séquences prises avec une caméra permet de retrouver des dynamiques, des schémas généraux de mouvement, des stratégies d'action comme de cognition qui sous les sous- tendent. Et par là de contribuer à une meilleure appréhension des objets. Comme je l'ai montré dans mon ouvrage "2001, l'odyssée de l'esprit" (Flammarion, 1999), cette maîtrise passe par le développement d'agents appropriés, que l'on peut voir aussi bien comme des schémas mentaux que comme des dispositifs logiciels.
Principaux articles :
- Théories du "Hau" et du "Ba" pour construire le système d'incitation au
partage (Ahmed Bounfour, université de Marne-la-Vallée)
- Etudes de cas dans des entreprises irlandaises
- Récits d'apprentissage et partage des connaissnces (
Eddy Soulier, université
de technologie de Troyes et laboratoire Tech-Cico)
- Usages d'un intranet et processus de structuration de l'organisation
(François-Xavier de Vaujany, université Jean Moulin, Lyon 3).
La revue est éditée par Eska.
Les précédents récipiendaires ont été Joseph Weizenbaum (1991), Riccardo Petrella (1993), Carlos-Alberto Afonso (1996), Gunilla Bradley (1998) et Simon Rogerson (2000).
On trouvera toutes précisions pratiques sur la page consacrée au prix par Jacques Berleur, président du comité.
Vous trouverez sur le site de l'ASF le détail de l'annonce et les modalités d'attribution du prix.