@SURTITRE:MESSAGERIE

@TITRE:Internet préoccupe les entreprises

@CHAPO:Le succès explosif de ce réseau pose des problèmes de confidentialité et de sécurité. De plus, son caractère quasi-gratuit n'aura qu'un temps. Une offre de produits et de services commence à émerger pour répondre à la demande des entreprises.

@TEXTE:Sur Internet (*), tout le monde peut maintenant aller jusqu'à commander des pizzas chez Pizza Hut, ou envoyer des fleurs par FTD. En France, l'engouement ne fait que commencer. Quelques grandes entreprises en ont déjà une expérience certaine: Elf, Valéo, SVP, le Commissariat à l'énergie atomique, Météo France... ou encore le Conservatoire national des arts et métiers, qui fut le premier en gérer les accès en France: cela remonte à 1983. D'autres commencent à s'y intéresser. Des banques comme la Compagnie bancaire ou le Crédit Lyonnais. Ou encore des vépécistes comme les Trois Suisses et Guilbert.

@INTER:L'inquiétude des directions informatiques

@TEXTE:Utilisatrices ou non, les entreprises se posent des questions. Incontrôlé par nature, Internet ne va-t-il pas poser les mêmes problèmes que le Minitel? La technique le limitait hier aux stations Unix, donc pratiquement aux chercheurs. Accessible aujourd'hui sur PC, il se répand partout. Faut-il l'interdire? Comment l'encadrer? Le sécuriser?

Les directions informatiques commencent à réagir et à mettre en place les bases d'un minimum de discipline. Au CEA, une centaines d'administrateurs supervisent les 8000 PC connectés. Ils sont habilités à recevoir les demandes d'accès à Internet. A l'étude, avec Athesa-Cisi, une différenciation des réseaux. Les uns auraient accès à Internet, les autres non. Des unités comma la direction des Sciences de la matière resteraient très ouvertes, d'autres se mettraient en retrait, par exemple l'Institut de protection et de sûreté nucléaires. Cette action ne comporte pas que des aspects négatifs. Par exemple, certains logiciels Windows récupérés en freeware, puis validés, font l'objet d'une promotion auprès des utilisateurs. Citons notamment le logiciel de navigation hypertexte Mosaic (encadré), l'utilitaire d'accès aux serveurs hiérarchiques Gopher, ou encore Archie, pour le transfert de fichiers.

Chez Digital France, une dizaine d'administrateurs de réseau, répartis dans les différents sites de l'Hexagone, régissent les adresses des différents utilisateurs. Certains groupes confient tout ou partie de la gestion de la messagerie à 'l'extérieur. Les 80 établissements de Valéo dans le monde utilisent CC:Mail en interne. Et accèdent de là à Internet par le réseau IBM-IN. Elf-Aquitaine, dont le trafic Internet représente environ 200 messages par jour, a confié les 2300 boites de sa messagerie à Télésystèmes, tandis que les 2700 autres restent directement gérées par les filiales Sanofi ou Atochem.

@INTER:Comment sécuriser le réseau

@TEXTE:De l'avis général, Internet pose de sérieux problèmes de sécurité. Cela fait hésiter certaines firmes. Au Crédit Lyonnais, Gérard Sampic (responsable des systèmes locaux et réseaux) précise: "Nous commençons à avoir des demandes de connexion TCP/IP en interne. Mais avant d'en faire une réalité, il faudra qu'Internet offre un niveau de sécurité équivalent à celui de nos réseaux privatifs. Même le nouveau protocole Mime ne suffit pas à convaincre Elf, ni l'EDF, qui le jugent moins protégé que X400.

Le groupe Elf Aquitaine a donc préféré déployer ses 5000 boites sous X400, avec passerelle vers Internet. "Nous préférons X400, car les messages ne se perdent pas, grâce aux avis de remise, ou de non-remise, et aux avis de lecture", commente Henri Tolet de Santerre, adjoint à la direction informatique et télécoms du groupe. Seule une cinquantaine de spécialistes Unix, basés à Pau, échappent à cette contrainte. Mais ils accèdent au réseau international par une machine HP 9000 dédiée à cette fonction, qui fait office de tampon.

Solectron aussi met des réserves à l'utilisation de cette messagerie. "Pour des raisons de sécurité, nous souhaitons qu'une vingtaine de stations au plus, sur un parc de 500 au total, accède Ethernet. Et qu'une seule d'entre elles fasse office de passerelle vers l'extérieur. Elel sera dotée d'un routeur avec des contrôles d'accès sous Unix, développés par un consultant spécialisé de l'université de Bordeaux".

Chez Digital, un sous-ensemble sécurité, baptisé Easynet, achemine systématiquement toute requête sur le site de Palo-Alto, qui donne les autorisations d'accès et de sortie vers l'ensemble Internet. Le constructeur utilise le "garde barrière" Seal, qui comporte des fonctions de chiffrement. Hors Easynet, le personnel en interne peut aller prendre des fichiers (en FTP, File transfer protocol) à l'extérieur, mais ne peut rien envoyer, ni pratiquer les fonctions Telnet.

Enfin, SVP a recours au logiciel de chiffrement PGP, de Phil Zimmermann, pour échanger des messages avec certains interlocuteurs. Ils doivent disposer du même logiciel. De plus, une liste fermée de 34 adresses limite aux filiales du groupe la diffusion des messages.

Météo France a acquis Gaudlet (de la société américaine TIS), pour ses fonctions d'authentification et de chiffrement. "Nous testons aussi des outils du domaine public" précise Matteo Dell Aqua, responsable réseaux et sécurité "comme le logiciel-relais HTPD développé par le Cern sous Unix. Mais il sera difficile de limiter l'accès aux usagers qui ont pris goût aux serveurs XArchi, WWW et autres Gopher.

@NOTE:(*)Issu des milieux américains de la recherche et de la défense, ce réseau compte aujourd'hui quelque 30 millions d'utilisateurs. Notre numéro du 16/9/94 a fait le point sur ses évolutions techniques. @SIGNATURE:CHARLES DE LAUBIER

@ENCADRE TITRE:RENATER EN TETE

@ENCADRE TEXTE:Renater (Réseau international de télécommunications pour la recherche et la technologie) fonctionne depuis ses origines, en 1992, avec le protocole TCP/IP. Il constitue la voie d'accès française la plus importante à Internet. Il a pris la forme d'un groupement d'intérêt public entre le CEA, le Cnes, EDF, l'Inria et l'Enseignement supérieur.

Le réseau compte aujourd'hui 275 sites en France. Il interconnecte plusieurs réseaux régionaux: Rerif (Réseau pour la recherche en Ile-de-France)e, Aramis (Rhone-Alpes), R3T2 (région Provence-Côte-d'Azur), Vinkman (Basse Normandie), Aquarelle (Aquitaine) et Octares (Midi-Pyrénées).

De 1986 à la création de Renater, le service FNtet était chargé au sein de l'Inria de gérer les connexions à Internet. Il s'est alors transformé en association loi de 1901 pour maintenir le service aux entreprises qui n'avaient pas leur place sur Renater. L'Inria continue de gérer les accès jusqu'à la fin de cette année, avant de passer le relais commercial à Eunet.

@ENCADRE TITRE:EN ATTENDANT UN KIOSQUE

@TEXTE:Face à l'engouement des entreprises, France Télécom envisage une formule "kiosque micro" avant la fin de l'année, afin de rémunérer les services en ligne, notamment sur Internet. Il s'inspirerait des formules mise au point pour le minitel (Télétel) et pour les services vocaux (Audiotel).

En attendant, des opérateurs profitent des kiosques Audiotel et Télétel pour offrir des accès Internet payants aux entreprises. Les prix vont de 1,27 F par minute sur Télétel à 2,19 voire 8,76 F sur Audiotel.

Numéros Audiotel: 36 68 04 14, 36 68 28 80, 36 68 14 40, 36 70 75 24 (Francenet).

Numéros Télétel: 3615 Francenet (société Francenet), 3615 Internet, KO ou Unix et 3616 Altern (société Altern B), 3615 Worldnet (société SCT).

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@TITRE:GRATUIT OU PAYANT?

@TEXTE:"Utiliser le backbone d'Internet, se procurer les logiciels du domaine public ou encore obtenir des adresses auprès de l'Inria ne coûte rien", se félicite Météo France. L'avantage économique s'ajoute donc au charme de la mode ou au plaisir de faire figurer une adresse avec arrobas (@) sur sa carte de visite. Plutôt passer par Internet que par le réseau téléphonique, en phonie ou par modem. Pour cet organisme, les coûts de liaisons s'étagent de 5000 F par mois (à 64 kilobits/seconde) à 22000 F par mois (pour 2 mégabits/s). A cela s'ajoute la liaison à 1 mégabit avec le réseau régional Octares. Le CEA bénéficie de conditions avantageuses en tant que fondateur de Renater.

Quant à Solectron, elle a longtemps hésité à se raccorder au réseau régional Aquarelle, relié à Renater comme Octares, ou à s'adresser directement à un opérateur Internet. La seconde solution l'a emporté, comme l'indique Serge Fageot: "Les coûts ont joué un rôle déterminant dans la décision. Transpac nous facture un forfait mensuel d'environ 7000 F, pour 19,2 Kbits/s en attendant 64 Kbits/s. L'Inria nous faisait une proposition à plus de 20000 F".

Mais cette autoroute sans péages risque de n'être bientôt plus qu'un souvenir. L'opérateur NSFNet se préparerait à passer la main à des opérateurs privés comme Sprint ou MCI. Chez SVP, l'on s'attend à verser des redevances à des opérateurs américains dès le 1er octobre... "Ce qui amènerait France Télécom", précise Jean-Bernard Condat, à créer un réseau de type Internet rattache au backbone NSFNet, mais facture 18 centimes tous les 1024 caractères, un coût que l'on peut juger élevé". En attendant, Transpac est entré dans l'arène en avril dernier, où l'on trouve aussi Eunet, Globalnet, Oléane ou Francenet. Tous proposent des accès "entreprises" pour des abonnements de 500 à 7500 F, plus un prix initial de connexion de 1000 à 12000 F. @SIGNATURE:CdL

@INTER:L'enthousiasme des utilisateurs

@TEXTE:Passée la barrière de l'anglais (obligatoire dans ce réseau d'origine américaine), le nouvel arrivant ne sent plus ses limites: vingt millions (peut-être même trente, on ne sait plus les compter) d'utilisateurs, 30000 réseaux, six milliards d'octets échangés par mois. Toutes les professions se sentent attirées par ce vaste espace mis en place au départ pour les scientifiques.

Depuis Toulouse, Météo France dialogue avec la communauté internationale, via le réseau régional Octares, où l'on retrouve aussi l'Aérospatiale, Matra et le Cnes. Ils apprécient, par exemple, la fonction Telnet (terminal virtuel), pour se brancher sur les serveurs de la Nasa et ses stocks d'images de satellites.

Au CEA, l'utilisation ne se limite plus aux ingénieurs et chercheurs. Certains services administratifs ou de documentation accèdent par Internet à des bases de données techniques. D'où les mises en garde de Denis Attinault, responsable micros et réseaux: "Il faut cerner les besoins et justifier les usages, car les recettes de cuisine ou le sexe n'ont aucun intérêt ici...". La direction informatique doit en plus arbitrer entre deux courants opposés. Les uns dénoncent les pertes de temps, les autres vantent la richesse de l'information. fournie.

En outre, sur Internet, les utilisateurs peuvent devenir des serveurs. Chez Digital Equipment, le personnel peut consulter des serveurs internes sur les annonces produits, les fiches techniques, le trombinoscope, le cours de l'action maison. Quant aux clients, ils peuvent accéder à six serveurs (sur machines Alpha, bien entendu), et mettre en commun leurs applications ou leurs problèmes.